Comment ça marche, précisément
Pour chaque liste, on calcule la série des quotients voix/1, voix/2, voix/3… Les sièges vont aux plus grands quotients, tous partis confondus, jusqu'à épuisement.
Cette règle des plus fortes moyennes favorise légèrement les grandes listes, de manière systématique et connue : c'est un choix politique en faveur de la gouvernabilité, pas un artefact de calcul.
Un seuil d'éligibilité (5 % en Allemagne, 3 % pour les européennes françaises) écarte les très petites listes avant la répartition, pour éviter l'émiettement.
Un exemple chiffré
Cent voix, cinq sièges à répartir entre trois listes par la méthode d'Hondt.
| Liste | Voix | ÷1 | ÷2 | ÷3 |
|---|---|---|---|---|
| A | 45 | 45 | 22,5 | 15 |
| B | 35 | 35 | 17,5 | 11,7 |
| C | 20 | 20 | 10 | 6,7 |
- Les cinq plus grands quotients toutes listes confondues : 45 (A), 35 (B), 22,5 (A), 20 (C), 17,5 (B).
- Répartition finale : A 2 sièges, B 2 sièges, C 1 siège.
- A obtient 40 % des sièges avec 45 % des voix ; C, 20 % des sièges avec 20 % des voix.
Avec si peu de sièges, la proportionnalité reste grossière — c'est le nombre de sièges, bien plus que la formule, qui détermine la finesse de la représentation.
D'où ça vient
Le juriste belge Victor d'Hondt expose sa méthode dès 1878, dans une brochure publiée anonymement, et la systématise en ouvrage en 1882 ; la Belgique l'adopte par la loi de 1899 et l'applique dès les élections de 1900, en première mondiale. La formule était en réalité déjà connue : Thomas Jefferson l'avait proposée en 1792 pour répartir les sièges de la Chambre des représentants entre les États américains.
Des variantes concurrentes existent depuis aussi longtemps : Sainte-Laguë (1910), équivalente à la méthode Webster de 1832, répartit plus favorablement les petites formations, et reste la référence en Scandinavie et en Nouvelle-Zélande.
La méthode des restes les plus forts, dite de Hamilton, a été abandonnée aux États-Unis après le paradoxe de l'Alabama : en 1880, on constata qu'augmenter le nombre total de sièges de 299 à 300 FAISAIT PERDRE un siège à l'Alabama. Les États-Unis utilisent depuis 1941 la méthode Huntington-Hill.
Où on s'en sert
- Élections législatives dans la majorité des démocraties européennes.
- Élections européennes, et régionales françaises pour la part proportionnelle.
- Composition d'un conseil d'administration ou d'un bureau associatif.
- Répartition de budgets ou de créneaux entre groupes, au prorata des soutiens.
Limites et pièges
- Reflète fidèlement les opinions
- Donne une place aux minorités
- Peu de voix « perdues »
- Pas de gagnant unique clair
- Peut imposer des coalitions
- Le seuil exclut les plus petits
Questions fréquentes
D'Hondt ou Sainte-Laguë ?
D'Hondt (quotients par 1, 2, 3…) favorise légèrement les grandes listes et facilite les majorités. Sainte-Laguë (par 1, 3, 5…) est plus fidèle aux petites. Le choix est politique et doit être fait avant le vote, jamais après.
Pourquoi mes pourcentages de sièges ne collent-ils pas aux voix ?
Parce qu'un siège est indivisible. Avec cinq sièges, la granularité minimale est de 20 % : aucune formule ne peut faire mieux. L'écart se resserre à mesure que le nombre de sièges augmente.
Peut-on l'utiliser à quelques personnes ?
Oui, pour répartir des ressources — des créneaux, un budget, des places. Pour choisir entre des options, prenez plutôt l'approbation ou Condorcet.
Sources
Les références primaires sur lesquelles s'appuie cette fiche.
- D'Hondt, Victor (signé « par un électeur »), Question électorale. La représentation proportionnelle des partis, Bruxelles, 1878.
- D'Hondt, Victor, Système pratique et raisonné de représentation proportionnelle, Librairie C. Muquardt, Bruxelles, 1882.
- Balinski, Michel L. et Young, H. Peyton, Fair Representation: Meeting the Ideal of One Man, One Vote, Yale University Press (2e édition, Brookings, 2001), 1982.
- Sainte-Laguë, André, La représentation proportionnelle et la méthode des moindres carrés, Annales scientifiques de l'École normale supérieure, 3e série, 27, 529-542, 1910.
- Gallagher, Michael, Proportionality, Disproportionality and Electoral Systems, Electoral Studies, 10(1), 33-51, 1991. DOI ↗